Nous sommes arrivĂ©s chez nous Ă New Delhi le 3 janvier 2021 et nous avons quittĂ© notre vie indienne le 3 juillet 2024 ; ça fait donc trĂšs exactement 3 ans et 6 mois. Vous imaginez bien qu’on en a des choses Ă raconter sur ce chapitre ; presque 1/3 de la vie pour Emmanuelle, le passage Ă l’adolescence pour Agathe et Ă la quarantaine pour JĂ©rĂŽme et moi đ Il me semble que pour quiconque c’est difficile de regarder en arriĂšre et de donner Ă voir le contenu et la nature de 3 ans de vie. C’est difficile mais j’ai eu envie d’Ă©crire un dernier mot ici avant de partir et de laisser aller « nous 4 en Inde ».


L’idĂ©e de cet article a germĂ© dans un temps mort de mon esprit alors que je scrollais pour la Ă©niĂšme fois l’Ă©cran de mon tĂ©lĂ©phone avec en toile de fond mes photos rĂ©centes. Je suis retombĂ©e sur les photos de notre dernier Holi, de notre dernier grand festival hindou.





Ces photos, je les ai dĂ©jĂ partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux et nombreux sont ceux qui m’ont Ă©crit qu’on s’Ă©tait visiblement bien acclimatĂ© au style indien et qu’on nous reconnaissait Ă peine. Et je me suis dit, c’est vrai. On est presque mĂ©connaissable. Et c’est sans doute cela qui est le plus intĂ©ressant Ă creuser.
En quoi on se sent diffĂ©rent aprĂšs ces annĂ©es Ă l’autre bout du monde ? Est-il possible de mettre des mots sur l’effet de l’Inde sur chacun d’entre nous aprĂšs 3 ans et 6 mois ? On a essayĂ© et chacun a rĂ©ussi Ă identifier ce petit truc qui s’est transformĂ©, ajoutĂ©, renforcĂ© ou ouvert.
Emmanuelle
Aujourd’hui, je me sens plus sĂ»re de moi, plus assumĂ©e et capable de parler et de faire beaucoup de choses seule mĂȘme si les gens ne me comprennent pas toujours et que parfois ca m’Ă©nerve beaucoup.
Aussi, j’ai compris que j’avais de la chance d’ĂȘtre française et d’avoir une famille, une maison et une belle Ă©ducation. Ce n’est vraiment pas toujours le cas en Inde. En vivant Ă New Delhi et en voyageant en Inde et en ThaĂŻlande une fois, j’ai dĂ©couvert une nouvelle partie du monde. J’ai plein d’informations avec lesquelles je pourrais faire un documentaire un jour. J’ai plein d’histoires que je peux raconter et que d’autres ne connaissent peut-ĂȘtre pas. Parmi ces histoires, il y a des choses que j’ai vu et que j’aimerais arranger comme par exemple les enfants aux feux rouges, qui sont trĂšs sales, trĂšs pauvres et qui ont soif et faim. Et puis bien sĂ»r, il y a la pollution que j’ai du mal Ă comprendre quand je vois tous ces arbres partout dans la ville.
Agathe
Je me sens plus sensible. Avec notre vie en Inde, j’ai compris que tout pouvait ĂȘtre diffĂ©rent de la France et qu’il ne suffit pas de le voir mais de le vivre ; la maniĂšre de rĂ©flĂ©chir, de rĂ©soudre un problĂšme, d’avoir un Ă©change avec l’autre, de se comporter en fonction du temps (la mĂ©tĂ©o) et du temps (qui passe). Il y a aussi la maniĂšre de conduire sur la route qui montre clairement que les rĂšgles ne sont pas du tout respectĂ©es mais les traditions sont hyper importantes : la religion, les mariages, le cricket đ A New Delhi c’est aussi la duretĂ© de l’environnement sur les corps qui m’a rendu plus sensible, peut-ĂȘtre mĂȘme plus fragile. Et puis il y a la duretĂ© de la vie pour toute une partie de la population ; on est impuissant et on se demande comment c’est possible qu’il existe autant d’inĂ©galitĂ©s entre les humains…
JérÎme
On m’a souvent parlĂ© de mes capacitĂ©s d’adaptation mais je crois qu’elles ont Ă©tĂ© mises Ă rude Ă©preuve ces 4 derniĂšres annĂ©es ! Plus d’une fois, quand mes ressources physiques et psychiques Ă©taient diminuĂ©es, j’ai senti que je ne parvenais plus Ă ajuster mon fonctionnement pour ĂȘtre adaptĂ©. Et pourtant c’Ă©tait un trait de caractĂšre que je pensais inhĂ©rent Ă ma personnalitĂ©, voire immuable. Bref, ce que l’on croit acquis sur soi est remis en question au contact d’une culture si diffĂ©rente.
Toujours rester humble et tolĂ©rant quant Ă ses capacitĂ©s et celles de l’autre Ă vivre ensemble est sans doute le meilleur enseignement tirĂ© de ma vie en Inde.
Moi
Depuis le dĂ©but, je dis que j’ai l’impression d’avoir ouvert (ou rĂ©activĂ©?) certaines zones de mon cerveau qui n’avaient pas Ă©tĂ© utilisĂ©es depuis longtemps, depuis l’enfance ou l’adolescence peut ĂȘtre. Des zones qu’on utilise pour ĂȘtre alerte au monde, le comprendre, le dĂ©crypter et s’y faire une place. Et pour ça, il faut oser, tester, rĂąter, ajuster, y retourner… Trouver une nouvelle place dans le monde c’est un truc que je trouve ardu quand on est un adulte Ă peu prĂšs fini. Et ma vie en Inde m’a donnĂ© l’opportunitĂ© de relever le dĂ©fi, de rĂ©apprendre une nouvelle façon d’ĂȘtre et d’exister. Celle-ci elle me plait bien et je recommande Ă tous l’expĂ©rience. Mais pas besoin d’aller jusqu’en Inde peut-ĂȘtre đ