📝 On a pris l’avion

Ca y est, nous sommes rentrĂ©s dans nos pĂ©nates indiennes. Et pour cela, nous avons pris l’avion
 et prendre l’avion, c’est mal. On le sait tous, prendre l’avion rend notre empreinte carbone trop Ă©levĂ©e pour une planĂšte en surchauffe. Alors, qu’en est-il de la conscience Ă©cologique des expatriĂ©s Meier qui consomment de l’avion (et pas que) ?

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Septembre 2022 - On a pris l'avion

En cet Ă©tĂ© 2022 en France, je crois que je n’ai jamais autant lu de posts ou d’articles sur l’urgence climatique et les changements Ă  adopter, et jamais autant croisĂ© de gens qui ont choisi de voyager et de consommer autrement. C’est super et surtout ça fait du bien de vivre dans un pays oĂč une certaine prise de conscience est en marche.

Incompatibilité climatique ?

Il faut se le dire : nous (la famille Meier en Inde) ne sommes pas trĂšs tendance depuis deux ans. Nous prenons l’avion pour rentrer en France. On le prend aussi pour voyager en Inde (les rĂ©seaux routiers et ferrĂ©s n’Ă©tant pas les plus dĂ©veloppĂ©s ;-)). AjoutĂ© Ă  l’avion, notre appartement est Ă©quipĂ© de l’air conditionnĂ© ; mĂȘme si on essaie de limiter son utilisation, on l’allume rĂ©guliĂšrement entre mars et octobre quand les tempĂ©ratures avoisinent les 35-40°C en intĂ©rieur (trĂšs peu d’immeubles sont construits avec un bon systĂšme d’isolation). Enfin, on a largement recours Ă  la voiture… Ă  New Delhi, difficile de se frayer un chemin en tant que piĂ©ton ou cycliste.

J’oublie trĂšs certainement d’autres vices que nous cumulons. Des vices qui ne sont pas que les nĂŽtres mais aussi ceux des Indiens riches, nos voisins de palier. Alors oui, les plus riches sont les plus Ă  blĂąmer. Il faudrait repenser la rĂ©partition des ressources (dans un pays oĂč le systĂšme de castes est officieusement encore trĂšs prĂ©sent) pour que les plus aisĂ©s consomment moins et/ou diffĂ©remment. Certains m’ont mĂȘme glissĂ© que JĂ©rĂŽme devait reconsidĂ©rer son emploi dans l’industrie qui ne devrait plus exister dans notre monde actuel.  

Retour aux sources ?

Alors, que faire ? Nous pourrions revenir au plus vite en France : JĂ©rĂŽme se reconvertirait en agriculteur (mĂ©tier qu’il a toujours admirĂ©), et de mon cĂŽtĂ©, je crĂ©erais un lieu de vie collectif avec des ateliers de mĂ©ditation, de yoga (avec Amit;-), d’écriture, de crĂ©ation sonore… Agathe et Emmanuelle auraient quant Ă  elles enfin leur chien et cheval qui gambaderaient sur un terrain fertile de choux-fleurs, pommes de terre et tomates. Chacune poursuivrait sa scolaritĂ© pour devenir respectivement vĂ©tĂ©rinaire et jardiniĂšre, leur « vocation » depuis quelques annĂ©es / mois.

Oui, c’est une option envisageable que nous n’avons jamais totalement rejetĂ©e. Et finalement, ce ne serait pas si inconfortable vu que depuis deux ans notre rĂ©alitĂ© terrestre c’est : des sols surexploitĂ©s et impropres pour l’Homme, sous des cieux ultra polluĂ©s et chauds avec des humains diamĂ©tralement opposĂ©s Ă  nous.

Alors pourquoi aujourd’hui envisageons-nous tout de mĂȘme de continuer l’expatriation ? Le confort Ă©conomique ? Le plaisir de voyager, d’ĂȘtre plus disponibles pour les filles? La rencontre de l’autre, de la diffĂ©rence ? La dĂ©couverte du sentiment de se sentir Ă©tranger ? Le fait d’ĂȘtre plus libre ? Oui, certainement un peu tout ça. Mais pas que.

Un petit truc en plus ?

Il y a un truc difficile Ă  valoriser qui nous paraĂźt pourtant au cƓur de notre aventure : une comprĂ©hension expĂ©rientielle et Ă©largie du monde. C’est intellectuellement trĂšs satisfaisant mais ça complexifie grandement les choses du cĂŽtĂ© de notre conscience Ă©cologique.

Avec prĂšs de 40 annĂ©es passĂ©es en terre française, nous avons intĂ©grĂ© des pratiques Ă©cologiques bien pensĂ©es (-antes), celles d’un pays dĂ©veloppĂ©. Alors, quand on arrive Ă  New Delhi, on se voit tout fiers d’expliquer Ă  Vijay (notre chauffeur) pourquoi on prĂ©fĂšre marcher pour faire 500m ou faire du covoiturage, Ă  Sharda (notre maid) pourquoi il est important de trier les dĂ©chets et Ă  qui veut l’entendre notre effroi quand une poubelle publique est gĂ©rĂ©e en y mettant le feu. Et nous nous sentons d’autant plus lĂ©gitimes que les taux de pollution et la chaleur battent tous les records dans la capitale indienne. A l’inverse, nous nous sentons bien plus humbles dĂšs que nous voyageons dans des zones plus reculĂ©es de l’Inde oĂč les autochtones ont conservĂ© une vie en cohĂ©rence avec la nature. Nous sommes Ă©galement tout penauds quand un ami nous rappelle que le taux d’émission de CO2 par habitant reste bien moindre en Inde qu’en France.

Bref, nous sommes tĂ©moins d’un entrelacs de facteurs denses et inextricables français et indiens. Et si cela nous met plus d’une fois dans un marasme de pensĂ©es contradictoires sans solution Ă©vidente, nous avons rĂ©cemment compris que notre expatriation Ă©tait l’occasion de vivre un partage de regards, d’expĂ©riences, de connaissances et de savoir-faire… Un partage dans un sens comme dans l’autre.

Je suis consciente que cette action ne sauvera pas la planĂšte, Ă  court ou moyen terme.

Je ne suis pas certaine que cette action ait une valeur scientifique.

En revanche, je suis consciente et certaine qu’il est trĂšs difficile de parler d’échelle de valeur des actions quand il s’agit de nĂ©gocier des vies humaines.

4 commentaires

  1. Merci Laurence pour ce post qui n’a pas dĂ» ĂȘtre simple Ă  Ă©crire. Nous vivons dans un monde complexe et il est (trop) facile de juger les pratiques Ă©cologiques (ou pas) de chacun (et surtout des autres!) en les sortant de leur contexte. Je suis perplexe sur l’avenir de notre planĂšte, sur ce qu’il est bon de faire, sur l’impact rĂ©el de tous nos petits pas…

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  2. TrĂšs juste Florence, l’exercice a Ă©tĂ© un peu tortueux… J’ai surtout voulu tĂ©moigner de notre cheminement « concernĂ© » loin de chez nous, Ă  un temps « t ». Les choses seront sans doute tout autre dans quelques semaines, mois, annĂ©es…

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